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Un peu de lecture... Le Tatouage

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Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  yannixme le Ven 15 Fév - 11:29:18

Le tatouage, de la griffe ordinaire à la marque subjective

Simone Wiener

Le tatouage est à la mode ; cette pratique du corps a même fait son
apparition dans la photographie contemporaine. De fait, il s’agit d’un
retour en vogue car son usage est millénaire et s’est exercé dans des cultures
très différentes.
Le tatouage, outre sa valeur rituelle a celle d’un atour érotique ou
d’une marque en forme de parure s’exerçant sur la surface du corps. Ces
caractères en font un phénomène complexe que j’aborderai ici à travers ses
aspects hétérogènes. Leur éclairage ouvre une réflexion sur une pratique
complexe du corps.
Si Lacan évoque le tatouage à plusieurs reprises, il n’en donne pas une
formulation théorique directe. Il ressort de ces différentes occurrences que
je reprendrai dans mon développement, que le tatouage est une trace réelle
sur le corps qui se situe dans un entrecroisement entre les registres symbolique
et imaginaire.
La dimension imaginaire, érotique du tatouage est liée à son aspect
visible sur la peau qui convoque le regard. J’évoquerai le tatouage au Japon
à travers une nouvelle qui fait cas de la métamorphose produite par l’expérience
érotique d’un acte de tatouage.
Un fragment issu de la clinique m’amènera à la complexité de l’articulation
réel symbolique du tatouage, dans sa valeur d’insigne, voire de blason
corporel. C’est cette histoire clinique qui m’a conduite à faire cette
recherche sur le tatouage. La gravure sur le corps peut-elle constituer une
incorporation, celle d’un trait qui pourrait identifier un sujet ?
Définition et extensions du tatouage
Le terme tatouage est d’origine polynésienne ; il apparaît pour la première
fois dans la littérature par les récits de voyage de James Cook, (Journal
d’un voyage autour du monde, 1769) : « Les Indiens de Tahiti impriment
sur leur corps des tâches qu’ils appellent tattoo 1. » Ce terme tattoo a été
conservé d’après la traduction britannique de tatau, vocable polynésien
signifiant « dessin inscrit sur la peau ». Jusque-là, c’est le mot piquer qui
était employé dans ce sens. Littré en donne la définition suivante :
« Ensemble des moyens par lesquels des matières colorantes, végétales ou
minérales sont introduites sous l’épiderme et à des profondeurs variables,
à l’effet de produire une coloration ou des dessins apparents et presque
indélébiles. » Par extension, le tatouage désigne une atteinte de la peau
laissant des traces : les scarifications, les incisions qui déterminent une
entaille linéaire. L’effet produit est alors moins la coloration d’un motif dessiné
qu’un bourrelet cicatriciel définitif. Les termes de pourpoint, stigmate,
graphisme, hiéroglyphes ou empreinte sont aussi employés pour désigner
un tatouage.
La multiplicité de ces termes pour désigner le tatouage renvoie en fait
à sa dimension plurielle. Comme hiéroglyphe, le tatouage peut se définir
comme la gravure sur la peau d’un symbole imagé. Il vise à donner un
attrait supplémentaire à un bout de corps qu’il érotise. Il témoigne d’une
volonté d’incarner la beauté, l’art au niveau du corps de manière durable.
En tant qu’empreinte, son caractère quasi indélébile qui le différencie du
dessin sur la peau, tend à lui conférer la consistance d’une archive, d’une
mémoire cicatricielle. En tant que stigmate, marque initiatique ou totem, il
constitue une tentative de symbolisation par la chair.
Cependant le fait qu’il ne soit pas effaçable puisqu’il est greffé sous
l’épiderme, lui confère une temporalité particulière. Il reste identique à luimême
sur un corps qui subit les modifications du temps. Sa durée de vie,
sa longévité dépend de celui qui en est le porteur. Il ne survit pas à la mort
du corps.
Dessiner une image, écrire un mot a trait au langage humain. Mais audelà
de son caractère d’expression, le tatouage, souvent à travers des
phénomènes de mode, fonctionne comme un signe extérieur de reconnaissance
qui constitue une marque identitaire. L’engouement pour cette pra-
1. W. Caruchet, Le Tatouage ou le corps sans honte, Seguier, p. 8.
36 • Essaim n° 8
tique peut aussi en faire un lieu privilégié de fiction sociale et donner ainsi
son enveloppe formelle au symptôme.
La question de l’auteur du tatouage, s’il est volontaire ou imposé,
indique les limites de cette pratique et m’amène à évoquer une page terrible
de l’histoire contemporaine. Les nazis tatouaient les déportés pour
effacer les noms propres, les identités de leurs victimes. Ils les réduisaient
à des numéros pour les inclure dans les comptes qu’ils exerçaient dans leur
entreprise d’extermination. Ces marques de barbarie relèvent plus de la
bestialité que de l’humanité. De fait, le tatouage présentifie une activité
humaine qui va du simple trait comme marque d’appartenance la plus
rudimentaire à l’expression d’une singularité qui peut fonctionner comme
bord identificatoire, mais il faut rappeler qu’il a pu être utilisé dans un
contexte où tout a été fait pour réduire l’homme à ce qu’il n’est pas.
Le tatouage comme métaphore et métonymie
Lacan évoque à quatre reprises la question du tatouage de façon plus
ou moins directe. Il l’envisage comme une marque ou un trait pris dans le
tissu des relations symboliques mais aussi dans sa dimension érotique.
C’est ainsi qu’en 1964, dans Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse,
il le cite en exemple d’incarnation réelle de la libido dans le corps.
Voici comment il l’énonce : « Mais d’être irréel cela n’empêche pas un
organe de s’incarner. Je vous en donne tout de suite la matérialisation. Une
des formes les plus antiques à incarner dans le corps cet organe irréel, c’est
le tatouage, la scarification. L’entaille a bel et bien la fonction d’être pour
l’Autre d’y situer le sujet, marquant sa place dans le champ des relations
du groupe, entre chacun et tous les autres. Et, en même temps, elle a de
façon évidente une fonction érotique, que tous ceux qui en ont approché la
réalité ont perçue 2. »
De cette phrase, se dégage la complexité formelle du tatouage entre
l’incarnation réelle sur la chair qui se saisit au plus pur dans ces cicatrices,
traces d’un événement accidentel ou taches de naissance sur la peau, sa
valeur signifiante et celle du signe érotique. Pour une même pratique d’inscription
corporelle, s’entrecroisent donc des dimensions borroméennes différentes.
Ainsi, le tatouage se présente comme du signifiant puisque,
comme l’entaille, il situe un sujet dans le réseau des relations à l’Autre.
2. J. Lacan, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, séance du 27 mai 1964, Paris, Le
Seuil, p. 187.
Le tatouage, de la griffe ordinaire à la marque subjective • 37
Mais comme forme ancienne d’incarnation de la libido comme organe,
il a une fonction érotique évidente dans une monstration, un
voilement/dévoilement. Le tatouage se donne à voir, il s’expose au regard.
En se détachant comme figure sur la surface du corps, il met en évidence
son dévoilement, sa nudité tout en la masquant.
Il constitue aussi une source de jouissance de l’oeil sur la peau. La peau
comme enveloppe corporelle reflétée dans le miroir est une source de jouissance
particulièrement autour de ses découpes (bouche…) et de ses
condensations (grains de beauté, taches, tatouages).
Déclinaison du tatouage comme pulsion
L’érotique du tatouage réside dans la phallicisation de la zone tatouée
mais peut aussi s’instaurer à travers l’acte du tatouage et la relation
tatoueur/tatoué. L’économie pulsionnelle de cette pratique est essentiellement
masochique. À l’adolescence, les tatouages sont plus prisés qu’à
d’autres périodes de la vie. À cette période de passage marquée par l’initiation
et la rencontre du sexuel, cette pratique corporelle vient traduire le
lien compliqué au corps, à l’objet. Il s’agit de « se faire faire » une marque,
une entaille par un tiers sur le corps. C’est ce terme « se faire » qui spécifie
le troisième temps de la pulsion, de son bouclage : tatouer, être tatoué, se
faire tatouer. En tant que geste d’affranchissement vis-à-vis des ascendants,
l’acte de « se faire tatouer » manifeste le désir de porter atteinte au corps de
la dette, au corps inentamé donné par la mère. Dans cette perspective, il
peut aussi constituer un substitut d’acte sexuel : se faire pénétrer par l’aiguille
du tatoueur. (L’aspect de transgression de l’intégrité corporelle peut
également s’adresser au dieu biblique en réponse à l’affirmation :
« L’homme est à l’image de Dieu 3. »)
Tanizaki et le tatouage au Japon
Au Japon, le tatouage est peu empreint de signification métaphysique
ou mystique. Il a valeur d’ornement du corps et il fait lien social. L’image,
3. Cette dimension transgressive du tatouage se retrouve dans sa proscription par les textes sacrés
des religions monothéistes. Ainsi Le Lévitique : « Vous ne vous ferez pas d’incisions dans le corps
pour un mort et vous ne vous ferez pas de tatouages » 19, 28. C’est de façon consécutive à ces
interdits que le tatouage devient un geste individuel non dénué de contestation de l’ordre établi
et ou l’appartenance à un groupe marginal.
38 • Essaim n° 8
la métaphore prévalent. Ainsi, il constitue un signe de reconnaissance et
d’appartenance à un groupe donné. Il reste un art mineur d’origine plébéienne,
maudit, proscrit exprimant une contestation sociale de l’ordre établi
4.
Par le tatouage, un lien s’instaure entre le corps et l’art et ainsi se fait
un passage du corps anatomique au corps symbolique. Investi de fantasme,
le corps devient une figure de cette transformation. Au département
d’anatomie de la faculté de médecine de Tokyo, se trouve une centaine de
peaux humaines tatouées, collectionnées et conservées par le docteur
Fukushi 5 et qui persistent au-delà de la mort du sujet… et de sa peau.
À la différence de la Chine et de l’Occident, le tatouage au Japon
célèbre plus la maîtrise technique des artistes artisans que l’élaboration
sophistiquée du message véhiculée par les oeuvres. La gravure sur le corps
se donne à voir en exemple de la virtuosité du tatoueur. La ténacité et la
résistance à la douleur comptent plus que le message symbolique du
dessin.
La nouvelle
En 1910, dans la revue Shinshicho, Junichiro Tanizaki (1886-1965)
publie une nouvelle intitulée Le Tatouage 6, traduite en français en 1963
pour la NRF. Ce texte empreint d’imaginaire fait cas de la pratique du
tatouage dans son aspect d’initiation érotique et cruelle. Il illustre un aspect
essentiel de la gravure sur la peau au Japon, celui d’un signe d’identification
à un corps professionnel (la tarentule comme symbole de la prostitution).
Ce récit court, resserré, se situe sous l’ancien régime à l’époque du
vieil Edo. C’est une sorte de fable aux limites du fantastique qui utilise des
données historiques précises sur la pratique du tatouage.
Du récit lui-même, je rappellerai les éléments qui me paraissent structuraux.
Donc, à cette époque où la douceur de vivre était encore une valeur
dominante, un jeune tatoueur du nom de Seikichi doit son succès à la singularité
de ses compositions et à la souplesse de son tracé sur la peau. C’est
un ancien producteur d’estampes, déchu au rang de tatoueur. Mais il garde
de cette pratique la conscience scrupuleuse et l’aiguë sensibilité. Il n’accepte
pas de tatouer toutes les peaux, c’est lui qui choisit ses clients ainsi que le
4. Cf. le livre de Philippe Pons, Peau de Brocard, Le corps tatoué au Japon, Paris, Le Seuil, 2000, page 10.
5. Ibid., page 118.
6. J. Tanizaki, OEuvres, traduction M. Mécréant, tome 1, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1966.
Le tatouage, de la griffe ordinaire à la marque subjective • 39
motif et le prix de leurs tatouages. La réalisation des tatouages peut durer
un ou deux mois et la douleur infligée par les aiguilles peut devenir un
véritable supplice. L’accent est mis sur la cruauté du maître tatoueur qui
avait une prédilection pour deux techniques particulièrement douloureuses,
le tatouage à coloris dégradés et le tatouage au cinabre.
Pourtant Seikichi ne se trouve pas comblé par son oeuvre. Il caresse
depuis plusieurs années, un rêve non réalisé, celui de trouver une femme
exceptionnelle, sur laquelle il pourrait instiller toute son âme. La pointe
extrême de la tension qui l’anime est de produire, à travers le tatouage, un
acte sexuel qui serait parfaitement réussi.
Un soir, il rencontre cette femme : c’est son pied nu qu’il aperçoit
d’abord, dépassant d’un palanquin. Seikichi cherche à apercevoir le visage
de cette jeune fille mais celle-ci s’éloigne, et bien qu’il tente de la rattraper,
elle se dérobe à sa vue.
L’année s’écoule et l’attirance qu’il éprouve pour elle s’est muée en
passion violente. Il retrouve la jeune fille alors qu’elle vient le voir, adressée
par une geisha qu’il fréquente, et dont elle est l’élève. La geisha
s’adresse à lui pour qu’il peigne un motif sur la doublure de son surtout.
À partir de là, se précipite le nœud du récit. Il tient à la transformation,
au sens plein du terme, de la jeune fille sous l’aiguille du tatoueur. Voyons
maintenant la structure qui affecte le scénario de cette nouvelle. Dans un
premier temps, le tatoueur ouvre pour la jeune fille l’espace précis des
identifications auxquelles elle est destinée. Il entraine la jeune fille vers
deux peintures sur rouleaux. Le premier représente Baosi, la favorite de
Zhou, célèbre empereur chinois. La figure de cette princesse est paradigmatique
de la beauté dans sa face désirable et cruelle. La jeune fille en la
regardant, est troublée et se met à lui ressembler étrangement : « C’est bien
ton âme qui se reflète dans ce tableau » lui dit Seikichi. Le second rouleau
a un titre : la fumure. On y voit une femme fatale entourée d’un monceau
de cadavres d’hommes gisants à ses pieds. La jeune fille se reconnaît dans
les représentations de ces tableaux tout en les refusant. Pour échapper à
cette semblance, elle supplie le tatoueur de la laisser s’en aller. Seikichi l’entraîne
alors et l’endort malgré elle.
L’autre face du scénario est constitué par l’acte, celui du tatoueur qui
après avoir endormi la jeune fille pare son épiderme des couleurs de son amour.
Durant une nuit et un jour entier, il lui tatoue sur le dos une tarentule en y
instillant tout son art et toute sa substance. Au Japon l’araignée est associée
à la prostitution.

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  yannixme le Ven 15 Fév - 11:30:35

40 • Essaim n° 8
Au réveil de la jeune fille, le maître, qui en est passionné, prend pitié
de la douleur causée par la blessure du tatouage. Seikichi, le cruel, se
trouve avoir perdu dans l’affaire sa cruauté. Elle, au contraire échappe à
son regard et au réconfort qu’il veut lui apporter. Elle n’accepte de se montrer
à lui que dans sa sublime beauté de femme fatale, qu’elle est devenue,
transformée par la tarentule qu’il lui a tatouée sur le dos. Il lui fait cadeau
du tatouage et des peintures sur rouleaux. Il lui demande à voir une dernière
fois son tatouage. Avant de le quitter, elle se dénude et lui montre son
dos éblouissant, illuminé de soleil. De cet acte, le tatoueur sort déchu et
même déchet, puisque dans la dernière phrase du texte, il n’est plus question
de lui que comme débris de regard, ébloui qu’il est par le soleil qui
illumine l’araignée. Le texte s’achève sur cet écart entre la jeune femme
tatouée devenue cruelle et le tatoueur qui, lui, se trouve dépris, dépossédé de
lui-même.
Transfiguration érotique
Le parcours de Seikichi le tatoueur passe par plusieurs étapes d’un
mouvement vers l’idéal, vers la brillance phallique qui s’engage d’abord
par un désir qui va s’alimenter de l’attente et s’articuler au fantasme. Le
regard va entrer en fonction avec l’apparition partielle de l’objet qui se
dérobe presque aussitôt. Ensuite la voix et l’image vont se déployer à travers
la complexité des identifications. Ce qui fait que l’acte du tatouage
quand il aura lieu sera l’aboutissement temporel de cette mise en fonction
des différents objets.
La jeune fille au cours du récit n’est pas nommée directement. Ce n’est
que lorsque le tatoueur lui montre la peinture sur rouleau, avec le portrait
de Baosi favorite du roi Zhou, qu’une nomination a lieu. Cependant seul
l’acte du tatouage pourra lui permettre d’endosser cette figure.
Chaque partenaire sort métamorphosé de cette expérience de
tatouage. Le tatoueur est rendu vulnérable par la passion qui le rend sensible
à la douleur et surtout dépassé, excédé, dépossédé par sa propre production.
Seikichi perd la maîtrise de son désir devenu passion, et c’est ce
qui le déchoit de sa position cruelle ; il devient déchet, fumure comme le
note le texte. La jeune geisha, quant à elle, devient la face triomphante et
illuminée de l’objet a, celle qui recèle l’objet du désir, la femme fatale avec
à ses pieds, gisants, un monceau d’hommes. La tarentule qui est tatouée
sur son dos l’inscrit au registre de la prostitution. Entre eux, il n’y a jamais
Le tatouage, de la griffe ordinaire à la marque subjective • 41
de rencontre et tout l’acte tient à la pointe d’une aiguille qui transfigure la
belle endormie.
Dans ce récit, la rencontre est toujours décalée, l’acte sexuel complètement
exclu. L’érotisme se déploie à travers la temporalité toujours différée
des jeux de regards croisés, de pieds vus et perdus, de tableaux montrant
l’inavouable, et atteint son apogée avec l’aiguille finale du tatoueur sur la
peau de la jeune fille. Le tatoueur endort la jeune fille, au moment de l’acte.
La douleur ne l’atteint pas, elle est complètement livrée, offerte passivement
au maître tatoueur et c’est lui qui jouit. Il y a une certaine proximité
entre l’endormissement et la mort. Mais quand elle se réveille, elle est
devenue une femme fatale et c’est elle qui se fait la cause du lien de
l’amour à la mort. Le tatouage présentifie alors quelque chose de la violence
de l’image, comme si celui qui le regarde ne pouvait s’y dérober.
De l’imaginaire au Symbolique
Dans la séance du 26 mars du séminaire Les formations de l’inconscient
(1958), Lacan cite le tatouage cette fois comme exemple de marque, de trace
qui articule le désir à la castration à l’endroit d’un nouage du symbolique
42 • Essaim n° 8
au réel. Pour que le désir arrive à maturité, il faut que le phallus soit marqué
de quelque chose qui fait qu’il n’est maintenu, conservé que pour
autant qu’il a été traversé par la menace de castration. Lacan met le
tatouage sur le même plan que la circoncision. Cette dernière symbolise la
castration d’en passer par la perte d’un bout de corps, ici justement au
niveau du pénis.
L’aspect sacrificiel de ces pratiques a une valeur rituelle parce qu’il
entre dans un ensemble plus large de significations religieuses : « N’oublions
pas jusque-là les signes, les incarnations religieuses par exemple où
nous reconnaissons ce complexe de castration. La circoncision par exemple
pour l’appeler par son nom ou encore telle ou telle forme d’inscription, de
marque dans les rites de puberté, de tatouage, de tout ce qui produit les
marques, imprime sur le sujet, en liaison avec une certaine phase qui d’une
façon non ambiguë, se présente comme une phase d’accession à un certain
niveau à un certain étage de désir. Tout cela se présente toujours comme
marque et impression 7. »
Le tatouage dans sa valeur de signe religieux est la marque au plan
symbolique, du lien structural du désir à la loi. C’est dans cette perspective
de support, de marque que réside sa valeur d’assomption de la castration.
Ce lien entre marque et désir à mesure que le sujet s’y incarne, va devenir
de plus en plus énigmatique et bientôt presque totalement éludé.
À la jouissance qui s’associe à l’acte, il y celle à laquelle le tatouage
comme marque rituelle permet de renoncer.
Le trait unaire comme tatouage
Lacan évoquera le tatouage à deux reprises, en connexion avec le trait
unaire comme illustration de ce dernier. Lors de la première occurrence, il
en parle pour préciser la consistance de ce trait, dans Les Quatre Concepts
fondamentaux de la psychanalyse : « Le trait unaire, le sujet lui-même s’en
repère et d’abord il se marque comme tatouage, premier des signifiants.
Quand ce signifiant cet un, est institué le compte c’est un un. C’est au
niveau non pas de l’un, mais du un un, au niveau du compte que le sujet a
à se situer comme tel 8. »
7. J. Lacan, Les Formations de l’Inconscient, séance du 26 mars 1958, Paris, Le Seuil.
8. J. Lacan, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, séance du 22 avril 1964, Paris, Le
Seuil, p. 129.
Le tatouage, de la griffe ordinaire à la marque subjective • 43
Le trait unaire se rapproche du tatouage dans la mesure où l’empreinte
de ce trait laisse une trace indélébile qui institue la structure d’un sujet.
Comme une trace sur le corps, comparable à un trait dont l’inscription initie
un comptage s’effectuant sur un mode symbolique, le trait unaire introduit
un registre qui est au delà de l’apparence sensible, au-delà de
l’imaginaire. Dans ce registre, celui du symbolique, la différence et l’identité
ne se fondent plus sur l’apparence. L’identité des traits tient à ce qu’ils
sont lus comme des uns, quelles que soient les irrégularités de leur tracé.
Quand à la différence, elle est introduite par la sériation des traits. Le trait
unaire, repère symbolique soutient l’identification imaginaire. Le tatouage
est là à titre d’exemple d’une marque à partir de laquelle peut s’instaurer
une première identification ; celle d’un sujet, tatoué par le signifiant.
La deuxième remarque sur le tatouage en lien avec le trait unaire se
trouve dans le séminaire D’un Autre à l’autre. La fonction unaire du
tatouage est l’identification : « Comme rien ici par ces termes n’est désigné,
que nous ne sommes au niveau d’aucune identification unaire, d’un un
placé par exemple sur votre paume à l’occasion en manière de tatouage, ce
qui vous identifie dans un certain contexte, c’est arrivé, que c’est un trait
qui ne marque rien dont il s’agit dans chaque cas, nous ne sommes strictement
dans l’identité numérique, la pure différence en tant que rien ne la
spécifie, l’Autre n’est l’Autre en rien, et c’est justement pour ça qu’il est
l’Autre 9. »
Commettre un tatouage, se faire tatouer convoque de l’Autre comme
regard, mais peut aussi constituer une tentative d’inscrire par le corps une
différence. Cette empreinte ou cette écriture sur la peau qui s’imprime et se
montre ainsi sur le corps dans son réel, produit une entame, une cicatrice
qui peut avoir la valeur d’un trait d’identification. Lacan parle de paume
qui évoque l’empreinte digitale dont la fonction est d’identifier la singularité
d’un sujet, reconnue comme unique et différent de tous les autres.
L’image du corps est donnée au sujet par l’expérience du miroir mais
pour qu’il puisse l’endosser, se l’approprier, il faut que le trait unaire entre
en jeu. Cela nécessite que soit saisi au champ de l’Autre, un signe, un
assentiment qui viendra authentifier l’image du sujet et fonctionner
comme trait d’identification. Dans cette perspective, l’accent est mis sur le
tatouage comme tentative d’élever un bout de corps au rang de signifiant.
9. J. Lacan, D’un Autre à l’autre, séance du 11 juin 1969, séminaire inédit.
44 • Essaim n° 8
Mademoiselle R.
Le fragment clinique que je vais évoquer, donne au tatouage la fonction
de trace corporelle d’une histoire généalogique non transmise. Un
bout de corps en vient à incarner des liens qui n’ont pas été symbolisés.
C’est une jeune patiente, adepte du tatouage à un moment de sa vie,
qui a suscité chez moi cette réflexion autour des questions cliniques que
posait son lien au tatouage. Au fil de cette cure, j’ai été amenée à m’intéresser
à cette pratique et progressivement à faire un travail d’écriture. Ce
dernier a dépassé la transcription comme si par un jeu subtil du transfert,
j’avais été mise à l’écrit dans un mouvement qui était celui d’écrire ce qui
pour elle ne pouvait pas s’écrire mais qui dépassait aussi cette dimension.
Ce travail s’est mis à vivre sa vie indépendamment de celle qui l’a suscité
tout en lui restant proche par le tissage transférentiel.
Quand Melle R. est venue à l’analyse, le tatouage était très présent pour
elle, dans la mesure où elle voulait devenir tatoueuse ; elle attendait à cet
effet, du matériel d’Amérique. Au cours de son analyse, elle s’est fait
tatouer à plusieurs reprises. Mais les liens discursifs entre sa parole et les
tatouages ont évolués au cours du temps. Au début, elle n’en parlait que
de façon allusive. Par la suite, elle en disait plus et à certains moments il lui
a suffi d’en parler…
À côté de cela, elle s’est mise progressivement à dessiner et à sculpter.
Elle interrogeait la question de la durée de vie d’un dessin fait aux feutres.
Était-ce indélébile ? Quand son activité artistique s’est étoffée, elle s’est
mise peu à peu à travailler avec d’autres. Et lorsque d’autres l’ont qualifiée
d’artiste, la désignation sous ce signifiant a été très importante pour elle.
Elle a eu un effet de nomination ; c’est devenu le métier qu’elle exerce
actuellement.
Cette jeune femme a avec son corps une relation complexe qui se pose
de façon particulière. Elle ne peut l’endosser comme un espace familier et
cohérent mais elle le ressent comme un lieu de sensations étrangères. Il a
pour elle une consistance floue du fait de l’imprécision de ses limites.
Ainsi, il lui est difficile de le concevoir comme une surface achevée et unifiée
par des contours précis. Elle se plaint de se sentir vide et ne peut remplir
ou border ce vide par des mots, des idéaux, etc. À certains moments,
ses angoisses l’ont amenée à des actes d’automutilation. Elle se coupait ou
se lacérait les bras dans un mouvement qui semblait indiquer que seul son
corps pouvait endosser sa souffrance.
Le tatouage, de la griffe ordinaire à la marque subjective • 45
Tatouer le blason de famille
Le premier tatouage que Melle R. s’est fait faire, se situait sur l’intérieur
du coude. Elle dit qu’il représente une attache à sa grand-mère paternelle.
Je ne sais pas d’où je viens, je n’y ai aucun accès. Cette façon d’énoncer les
choses se rapporte en partie à l’origine disparate de sa famille paternelle, à
quelque chose de dissocié entre ce qui la nomme et ce qui l’origine. En
effet, les grands-parents paternels sont arméniens et ils parlaient entre eux
une langue qu’elle n’a jamais pu véritablement identifier, hésitant entre
plusieurs langues dont le turc et l’iranien. Son père, probablement parce
que lui-même n’y avait pas accès, ne l’a jamais vraiment intégré dans l’histoire
de sa famille qui s’inscrit dans le destin du peuple arménien. Cet
homme, malgré le fait qu’il soit lettré et que la profession qu’il exerce soit
en rapport avec l’écriture, n’a pu transmettre à sa fille, la part d’héritage
symbolique se rapportant à ses origines. Du côté de sa mère française, cette
culture étrangère ne signifiait rien, ne produisait aucun écho et elle n’y faisait
jamais référence. C’est à partir de ce contexte que se produit pour elle
une véritable déchirure, lorsqu’à l’âge de 12 ans, cette grand-mère qu’elle
affectionnait, est décédée brutalement, décès suivi rapidement par celui du
grand-père.
C’est que ces disparitions ont eu un effet de coupure avec la lignée de
ses ascendants paternels. Tant que les grands-parents étaient vivants, cela
lui ouvrait la possibilité d’entendre, d’écouter leur langue qui lui était
inconnue mais familière. L’articulation de cette langue constituait un accès
à la voix, aux sons de son origine. La voix comme perdue n’est jamais aussi
proche à cet égard, de l’objet a. L’existence réelle de ses grands-parents, au
travers de ce trait particulier de leur langue bizarre, étrangère qu’elle pouvait
entendre, stigmatisait quelque chose de l’histoire de sa famille et
garantissait pour elle un espace d’énigme ayant la valeur structurale d’un
manque. Or, à la mort des grands-parents, cette langue inconnue n’est plus
parlée, plus articulée ; elle devient en quelque sorte une langue morte. En
tout cas, elle ne lui donne plus accès à l’étrangeté de son nom et de son origine
comme coupure d’avec la mère. C’est ainsi que la présence, la voix de
ses grands-parents qui constituaient pour elle un espace d’interrogation,
qui tissait sa filiation, n’est plus là pour assurer en creux, les conditions
d’un fonctionnement symbolique. Par exemple, elle ne comprenait pas
pourquoi elle portait un nom étranger et de quelle origine il provenait. La
mort des grands-parents a eu comme effet de rompre les derniers liens
familiaux qui la nommaient et l’enserraient dans cette lignée.

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  yannixme le Ven 15 Fév - 11:31:03

46 • Essaim n° 8
Continuité ou contiguïté
Juste après sa mort, elle subtilise une bague de sa grand-mère qui avait
été fabriquée par le grand-père, orfèvre de profession. Cet objet saturé de
présence familiale, à qui exactement le dérobait-elle, aux grands-parents,
aux héritiers ? Il est difficile de le savoir. En tout cas, dès lors, elle ne s’en
sépare plus et la porte soit cousue dans une pochette qui ne quitte pas son
corps, soit au cou, soit à la main. Ainsi, cette bague qui « a touché » sa
grand-mère, elle s’y unit dans une relation d’une grande proximité comme
s’il s’agissait d’un bout de corps de la grand-mère ainsi qu’un vestige du
grand-père. Cet objet ne tient pas lieu uniquement de substitution signifiante
des grands-parents, il constitue une mémoire corporelle. La continuité
par contiguïté, qu’elle cherche à établir entre elle et ce bijou tend à
indiquer que la fonction de la métaphore ferait défaut pour elle. Ce collage
préfigure la fonction que va prendre, pour elle, le tatouage.
Mais le geste d’appropriation de la bague à l’abri du regard des autres
ne suffit pas à donner une sépulture à la grand-mère. C’est dans cette perspective
que le premier tatouage qu’elle s’est fait faire sur l’avant-bras qui
figure des bagues entrelacées et dont elle dit qu’il représente la grand-mère,
a incarné corporellement ce qui ne pouvait pas tenir lieu de souvenir. C’est
à cet endroit que le tatouage va remplir la fonction de réaliser, de corporéiser
un insigne de l’histoire paternelle. La mort de la grand-mère constitue
une perte, qui ne peut se traduire en manque pour sa petite-fille. Le passage
par le réel du corps, par l’entaille charnelle du tatouage va pouvoir
inscrire cette perte. La grand-mère pourra lui manquer lorsque cette
absence aura donné lieu à une figuration. La gravure sur le corps, en représentant
de façon sous-jacente la grand-mère, devient la trace de la perte de
cette référence. Le tatouage par l’acte d’inscription dont il procède aura
permis qu’une marque s’instaure et opère, comme la cicatrice d’une blessure
dont on ne connaît pas la nature.
Si l’enjeu du tatouage s’est situé dans la découpe symbolisante qu’il a
opérée sur la surface du corps, la figuration qu’il promeut, par sa monstration,
donne lieu et ouvre à ce qui s’y élide : le mot ou la chose par exemple,
mais aussi l’aiguille du tatoueur.
Marque subjective
Pour Melle R. le tatouage donne lieu à l’Autre sur la surface du corps et
ouvre à un inédit. En se tatouant, elle nomme quelque chose de privé, de
Le tatouage, de la griffe ordinaire à la marque subjective • 47
subjectif qu’elle s’approprie comme son histoire et qui la différencie des
autres. On peut se poser la question : pourquoi doit-elle en passer par le
tatouage du corps ? Ce geste est-il de l’ordre de la dette qui ne peut se
payer que par une perte corporelle, livre de chair évoquée par Lacan à propos
de l’objet petit a ? Ce bout de corps perdu, sacrifié sur l’autel du désir
nous ramène à la marque, tribut payé à la castration pour accéder au fantasme.
Le tatouage peut constituer une coupure d’avec la jouissance corporelle
initiale. En faisant de son corps un espace d’énonciation, en
l’utilisant comme un lieu où une trace vient signifier une absence, le
tatouage a eu pour elle la fonction d’un signifiant unaire. Entaille qui symbolise
la trace d’un effacement, meurtre de la chose, signifiant pour un
autre signifiant. Par ce tatouage, un point de l’histoire de Melle R. a pu se
réaliser par une sorte de hiéroglyphe piqué sur le corps. Cette marque
n’est-elle pas de l’ordre d’un trait qui l’identifierait comme sujet ?
En conclusion
Dans le cas de la nouvelle de Tanizaki, le tatouage est le symbole d’une
profession sexuelle ; il reste de l’ordre du signe car il indique l’appartenance
du sujet à telle ou telle confrérie. Il scelle l’identification de cette
femme à ce groupe sous le trait de cruauté symbolisé par l’image de la
tarentule. Cela met en évidence la fonction habituelle du tatouage comme
signe et parure produisant une identification imaginaire. Par contre, dans
le cas de Melle R., le tatouage inscrit un deuil qui identifie le sujet au terme
d’entrelacées. Le tatouage, quand il a eu lieu, révèle pour l’Autre un trait
inédit jusque-là. Dans cette situation d’identification d’un sujet, le tatouage
produit alors une identification symbolique. Cette identification prend
corps sous l’effet corporel et le bout de corps réel qui s’y prête comme support
paraît proche de la lettre au sens lacanien.
Or le tatouage dans cette version symbolisante dépasse le symptôme
hystérique avec sa monstration du corps, son refoulement et ses réminiscences.
L’oubli s’y trouve là définitif de procéder d’une symbolisation. Cela
peut aussi être le cas lorsque le refoulement est réussi, mais aussi dans la
cure analytique qui peut permettre d’en lâcher, c’est-à-dire de ne pas
oublier d’oublier…
Ainsi une fonction paradoxale du tatouage serait de permettre l’oubli.
Ce serait une situation assez proche de celle qu’évoque Platon dans un passage
célèbre du Phèdre. Non seulement l’écriture est impuissante contre
l’oubli, mais elle en est elle-même la cause. Ainsi, à Theuth qui lui apporte
48 • Essaim n° 8
les lettres qu’il vient juste d’inventer comme « médecine pour la
mémoire », le roi Thamus répond : « Tu as dit exactement le contraire de ce
qu’elles font en réalité. Elles provoqueront l’oubli chez ceux qui les auront
apprises, car ils ne prendront plus soin de leur mémoire et, faisant
confiance à l’écriture, ils se souviendront des choses par des signes extérieurs
et étrangers, et non de l’intérieur 10. »
10. Platon, Phèdre, 275 a.
Le tatouage, de la griffe ordinaire à la marque subjective • 49

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  truitos le Sam 16 Fév - 18:47:52

Neutral Neutral What a Face What a Face What a Face affraid jolie meme si et pas tous piger

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  pierrot le Dim 17 Fév - 1:39:25

faut prendre son temps pour le lire.............
en tout cas petit post sympa et qui change


les phrases que j'ai bien aimé, ça laisse à méditer:

"Ainsi une fonction paradoxale du tatouage serait de permettre l’oubli."

"tatoueur passe par plusieurs étapes d’un mouvement vers l’idéal, vers la brillance phallique" ???? schaf_2

"Le tatouage dans sa valeur de signe religieux est la marque au plansymbolique, du lien structural du désir à la loi"

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  Alma le Dim 17 Fév - 11:27:27

Oui ça vaut la peine de prendre un peu de temps pour tout lire... je trouve ça très intéressant Very Happy

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  yannixme le Dim 17 Fév - 11:59:50

Merci !
Moi aussi j avais relevé celle là: "tatoueur passe par plusieurs étapes d’un mouvement vers l’idéal, vers la brillance phallique"

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  pierrot le Dim 17 Fév - 12:56:48

j'avais pas remarqué ça au cours des tatouages scratch

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  GinFizzz le Dim 17 Fév - 17:26:20

A méditer!!!!lol!

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  ajax le Mer 20 Fév - 22:33:08

oui, merci pour ce texte! bon je n'ai pas compris grand chose mais je l'ai imprimé hier avant de me coucher et j'ai dormi comme un bébé jocolor

enfin je vais le relire ce soir voir si je pige un peu plus. quelqu'un saurait me dire ce que c'est une "fonction unaire"?

moi ça m'a bien plu cette comparaison entre l'invention de l'écriture et le tatoo, comme quoi on n'a plus à se souvenir de ce qui est écrit puisque c'est écrit

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  yannixme le Jeu 21 Fév - 0:27:10

http://dictionnaire.phpmyvisites.net/definition-Unaire-13576.htm

http://coq.inria.fr/library/Coq.Bool.Bvector.html

Mal à la tête... Sad

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  pierrot le Jeu 21 Fév - 0:58:09

http://pagesperso-orange.fr/espace.freud/topos/psycha/unar/repeti5.htm


"rôle de repère symbolique, précisément d'exclure que ce soient ni la similitude, ni donc non plus la différence qui se posent au principe de la différenciation"

très grossièrement, le trait unaire aiderait le sujet dans son identification en marquant sa différence.

Une sorte de repère symbolique

"La double boucle ou huit intérieur permet d'illustrer le statut de ce trait unaire"

"le trait unitaire" est un concept et "Lacan évoquera le tatouage à deux reprises, en connexion avec le trait unaire comme illustration de ce dernier"

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  ajax le Jeu 21 Fév - 1:13:58

ahlala! cool je crois que je vais vite m'endormir cette nuit aussi! lol!

ouais, au fait je crois que c'est pas trop dans mes moyens intelectuels tout ça... j'arrive même pas à comprendre une phrase... et pourtant quelque chose me dit que c'est bien interessant et que peut être que ça pourrait être dit en français. je ferai l'effort de feuilleter un peu, mais sans grand espoir quand même

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  Alma le Jeu 21 Fév - 18:04:50

C'est à lire à tête réposée tout ça... et même plusieurs fois Suspect
bah voilà avec tout ça j'ai de quoi m'occuper demain au boulot... Rolling Eyes

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  yannixme le Dim 24 Fév - 12:58:29

LES ORIGINES.

La pratique du tatouage est véritablement une pratique difficile à cerner dans le sens où ses fonctions et ses significations sont multiples et variables. Le tatouage étant une production de l'Homme interpelle donc toutes les sciences qui s'intéressent à l'être humain, ainsi, il relève aussi bien de l'anthropologie, de la sociologie que de la psychologie... Il peut tout aussi bien ponctuer les rites initiatiques des sociétés traditionnelles ou des bandes d'adolescents et exprimer des revendications sociales, que constituer une pratique tout-à-fait personnelle et égocentrique. Il existe autant de tatouages différents que d'individus tatoués. Au cours du temps, le tatouage a évolué d'une fonction de socialisation et d'intégration sociale vers une fonction plus exclusivement artistique et esthétique. Cette évolution est en partie due à l'évolution même de la société. Cependant, sous l'aspect artistique fascinant du tatouage se cache un véritable mode d'expression pour l'individu. Aujourd'hui encore il peut être un indice du groupe d'appartenance, même s'il ne fait plus partie des pratiques sociales et culturelles courantes.

I - Histoire et évolution du tatouage dans le monde
Le tatouage, ou inscription de dessins indélébiles sous la peau, est une pratique des populations à peau claires ou mates, il est donc moins répandu sur le continent noir africain où il est remplacé par les scarifications. Avec un instrument tranchant à pointes multiples, la peau est perforée et l'on y fait pénétrer une substance tinctoriale qui, absorbée par le derme, laisse une trace indélébile. Les dessins étant souvent très complexes et le procédé n'autorisant pas de "repentir", une ébauche est fréquemment réalisée (chez les populations d'Océanie, par exemple, on effectue cette ébauche avec de la cendre ou du charbon de bois).
Autrefois très largement répandue dans de nombreuses civilisations traditionnelles, la pratique du tatouage tend aujourd'hui à disparaître et à perdre sa fonction sociale et culturelle. Dans les sociétés "primitives", le tatouage avait pour fonction essentielle de marquer les tâches de chacun des individus d'un groupe, accompagnant généralement, chez les hommes, les rites d'initiation et l'accession au statut d'adulte. C'est en Océanie, et plus particulièrement en Polynésie (îles Marquises et Nouvelle-Zélande), que le tatouage atteint ses développements les plus sophistiqués ; il peut en effet recouvrir entièrement corps et visage. Le tatouage fût également une pratique courante en Europe et notamment en Roumanie, en Serbie, en France et au Portugal, ainsi qu'à travers toute la Grèce Antique.
Interdit par diverses religions occidentales, il disparut en Europe, à l'exception de certaines inscriptions propres à quelques coorporations d'artisants du Moyen-Âge. Il ne réapparut alors qu'au XVIIIe siècle par l'intermédiaire des explorateurs des îles du Pacifique.

Le mot même de "tatouage" - très récent en français - vient du tahitien tatau, "dessin". L'expression serait la réduplication de la racine ta, "frapper, faire une incision", dont les étymologistes soulignent le caractère d'onomatopée. Le Capitaine Cook, grand découvreur de la Polynésie, et son chroniqueur Banks, notent le terme en le transcrivant tattow dans les récits de voyage aux îles de la Société en 1772, et tattoo dans le compte rendu de circumnavigation de 1776. De plus, notons qu'en polynésien ta signifie "dessin" et atours, "l'Esprit" ou "les esprits". Ainsi, dans cette région, le tatouage était une pratique magique qui permettait la descente des esprits dans le corps. Les dessins des esprits étaient ensuite déchiffrés par les tahowas ou prêtres-sorciers. Mais au fil du temps, la pratique du tatouage a évoluée et a peu à peu perdu sa fonction magico-spirituelle pour devenir un code descriptif des différentes classes sociales, des lignées et des alliances. Aujourd'hui, le tatouage tribal, bien que conservant quelque peu sa fonction de marquage social, ne constitue plus essentiellement qu'une richesse ornementale et culturelle, une parure de motifs traditionnels dont on a en partie perdu la signification.

Cette évolution, du magico-religieux, au social puis à une simple fonction de parure, se retrouve dans de nombreuses sociétes qui ont utilisé le tatouage. Au Japon , par exemple, il a pu représenter les exploits des dieux, ceux des maîtres de guerres ou de chasse, les systèmes d'armoiries, etc. Mais pendant longtemps, le tatouage eu au Japon un usage à but punitif, usage pénal qui aurait été empreinté à la Chine, qui avait à l'époque une influence déterminante sur le Japon. Au XVIIe siècle, à Toma, les criminels arboraient l'idéogramme du chien sur le front; à Kyoto, deux barres sur le bras ; à Nara, deux lignes encerclant le biceps du bras droit ; à Satsuma, un cercle près de l'épaule gauche... Des auteurs tentent d'expliquer le passage énigmatique du tatouage punitif au tatouage d'embellissement par le fait que les criminels auraient voulu noyer leurs signes caractéristiques dans un foisonnant décor. Cette pratique du tatouage punitif disparut progressivement au XIXe siècle.

C'est donc par les grandes expéditions maritimes que l'Europe redécouvre le tatouage. Capitaines, officiers, explorateurs de tous bords rapportent des souvenirs incarnés de leurs voyages dans les îles du Pacifique et ailleurs. Fascinés par la richesse décorative des têtes maories, les occidentaux en inaugurent le commerce. En 1770, un des savant accompagnant James Cook en acquiert une, lançant sans le savoir une mode prospère. Devant une demande croissante, la valeur marchande de ces têtes funèbres tatouées ne cessera d'augmenter et entraînera évidemment des falcifications.

Au XVIIIe siècle, des Européens à la découverte du Nouveau Monde, séduits par les pratiques amérindiennes, commencèrent à se "piquer" la peau. D'autres voyageurs recoururent au tatouage afin de mieux s'intégrer aux sociétés qu'ils observaient et de mieux s'en imprégner. Ainsi le Comte Tolstoï, pour se concilier l'estime des insulaires en Océanie, se décora à vif comme eux. De retour à Saint-Pettersbourg, sa notoriété fut assurée et on se bouscula dans les salons pour le voir de plus près. Puis de nombreux aristocrates le copièrent tels que Catherine de Russie, Pierre Le Grand ou encore le Tsar Nicolas II.
Le tatouage devint progressivement un phénomène de mode dans toute l'Europe et se propagea surtout dans les milieux aristocratiques et politiques. En France, Marat, le Sans-culotte s'en serait justement fait tatouer une, le Duc de Chartres, plus connu sous le nom de Philippe-Egalité, aurait arboré des inscriptions bien révolutionnaires et bien d'autres figures de la révolution française étaient également tatouées : Robespierre, Danton, Bonaparte, le Maréchal Lefebvre, etc. A Berlin, à la fin du siècle dernier, les femmes élégantes se pressaient pour passer entre les mains des tatoueurs birmans. Mais c'est surtout au Prince de Galles (futur Edouard VII) et à son fils (futur Georges V) que le tatouage doit ses lettres de noblesse. En 1882, alors qu'ils effectuaient un voyage autour du monde, les enfants de la Reine Victoria se firent tatoués lors de leur passage au Japon, chez le Célèbre Hori-Chiyo. Quelques uns des membres de l'aristocratie se précipitèrent ensuite vers l'empire du soleil levant. Ainsi, le Baron de Potsdam, futur Keiser Frederic III, se rendit au Japon en compagnie de Georges Ier de Grèce, et tout deux revinrent avec un dragon sur la poitrine.

Le succès du tatouage continue son ascension en Europe comme en Amérique. Le monde du tatouage a été et continue a être illustré par les hommes politiques. Les présidents américains sont en tête de liste avec Théodore et Franklin Roosevelt, Truman et Kennedy ; en Angleterre, avec Winston Churchill (qui portait les armes de son père, le Duc de Marlborough, et une ancre sur le bras), le Maréchal Montgomery et le Duc D'Edinbourg. L'Est n'échappe pas au phénomène avec Staline (une tête de mort et une étoile rouge) et le Maréchal Tito, ainsi que la France avec ses présidents Thiers, Poincaré, Sadi Carnot, Casimir Périer, Félix Faure..., ou ses généraux et maréchaux Lyautey, Joffre, Galliéni, Foch, Pétain, etc.
Depuis peu, le monde du spectacle s'est approprié le procédé. "Le tatouage voyage d'un milieu à un autre au gré de la mode et de sa popularité" (France Borel, "Le vêtement incarné", 1992, p. 163). Après avoir constitué l'apanage des classes élevées son image de marque s'est peu à peu altérée. Les marins en ont fait une sorte de signe distinctif, leur peau est devenue un véritable journal de bord relatant les escales. Par la suite les militaires s'en sont également emparé pour témoigner dire les combats et l'isolement. Ainsi, le tatouage s'est limité aux membres de certains groupes stigmatisés et marginaux ; et on constate aisément qu'il se propage particulièrement dans les milieux monosexuels (casernes, prisons, bordels, asiles...), comme une sorte de "compensation de l'absence de l'autre, une façon de se le glisser dans la peau en transformant son propre corps en fétiche. L'image incarnée se fait substitut et mémoire" (M.-A. Descamps, "L'invention du corps", 1986, p. 167). Parfois, les tatouages étaient attribués à des associaux, les psychiatres y décelèrent des motifs de paranoïa, de l'exhibitionnisme, un esprit de révolte, une forme marginale d'une tendance primitive : l'auto-plastie ou retournement sur le corps. Mais ces études effectués dans les asiles psychiatriques, les prisons ou les hôpitaux, n'offrent qu'une vision déformée par des personnalités pathologiques et ne permettent nullement de rendre compte de ce que peut être le tatouage.
Actuellement les populations qui se font tatouer ne sont plus les mêmes de par la mode du tatouage et sa grande diffusion dans le monde occidental qui se fait principalement dans trois directions : les "honnêtes gens", les femmes, et les jeunes. Et même si la pratique du tatouage s'est individualisée, on peut dire qu'aujourd'hui encore le tatouage témoigne de l'appartenance à un groupe inscrite dans la peau. Néanmoins, il existent différents types de tatouages dont le contenu renvoie explicitement ou implicitement à un certain groupe d'appartenance ou de référence.

II - Le langage du tatouage et sa pratique
1. Dans les îles du Pacifique
Dans de nombreux archipels océaniens, le tatouage fait partie intégrante de la culture. Il traite à la fois des systèmes d'alliances et d'appartenance à un groupe social, rend compte de l'histoire individuelle et restitue ainsi l'identité propre de l'individu. Les inscriptions tégumentaires facilitent ainsi l'intégration de l'individu à la communauté et constitue un rituel indispensable de l'accession à la dimension sociale. Le tatouage des sociétés traditionnelles, contrairement au tatouage contemporain ne renvoie pas au corps propre mais au corps social.
Afin de mieux comprendre l'art des sociétés océaniennes, il convient de préciser que art, pouvoir, temporel et spirituel, intimement liés, se résument dans le concept de mana, commun à toutes les zones du Pacifique. La mana, est cette force active, associée aux ancêtres et d'essence divine, indispensable à toute activité humaine et qui imprègne êtres et choses. Chaque objet d'art est alors un vecteur de cette force à laquelle participent le choix des matériaux et l'iconographie. Ainsi, qu'il s'agisse d'architecture, de tissage, de tatouage ou de sculpture, toute oeuvre obéit à une fonction sociale et religieuse.
Après avoir effectué cet éclaicissement, je vais tenter d'illustrer la pratique du tatouage océanien en prenant pour exemples trois grandes aires culturelles : la Nouvelle-Guinée, la Micronésie et la Polynésie.

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  yannixme le Dim 24 Fév - 13:00:32

En Nouvelle-Guinée, le tatouage accompagne généralement les rites initiatiques et marque l'accession de l'adolescent au statut d'adulte. Il est également une épreuve et un preuve de résistance et de force.
Dans ces régions - où la pêche est une des activités dominantes - le garçon qui ne passe pas par cette souffrance sera jugé incapable d'attraper des poissons et de trouver une épouse. En revanche, l'homme abondemment tatoué est surnommé avec admiration "celui qui a crié longtemps" et attire les faveurs de la collectivité. Certaines zones, comme les mains et les pieds, sont particulièrement sensibles à la douleur infligée par le tatouage, certains n'y resistent pas et affichent donc publiquement leur manque de courage. Mais la pression sociale est si forte que très peu d'individus se résignent à subir une telle humiliation.

De même, les femmes dont les lèvres ne sont pas tatouées sont frappées par la honte et jugées hideuses et répugnantes. Dans cette région des femmes se sont spécialisées dans la pratique du tatouage : elles exécutent sur les jeunes filles qui accèdent à l'âge adulte des tatouages faciaux composés de lignes et de motifs géométrique. Le tatouage rend ainsi les femmes plus belles et montre également leur force. Il n'existe pas de schéma ornemental préétabli, chaque tatouage est unique et la femme qui l'exécute suit son inspiration du moment (mon). Le seul motif récurrent est une colonne de V sur le front, que l'on retrouve aussi sur les étoffes d'écorce. Si pour aider les hommes à endurer l'épreuve, la collectivité organise des festivités où l'alcool et les chants engendrent une légère transe qui insensibilise, en revanche, le tatouage des femmes s'opère discrètement dans le calme et le retrait, car - comme dans de nombreuses contrées - le sang féminin est jugé impur et menaçant pour les pouvoirs guerriers et cynégétiques des hommes.
Mais aujourd'hui, la signification du tatouage a changé. En raison du multiculturalisme de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les tatouages servent essentiellement de signe d'appartenance à une culture ou à une ethnie.

Dans toute la Micronésie, la fabrication des textiles et l'ornementation des corps sont les deux principales activités artistiques. Les motifs des vêtements et des tatouages, qui sont fort complexes, permettent d'identifier une famille, de distinguer un rang ou un statut social. Tout comme les ceintures tissées et les bandeaux tressés, les tatouages se composent de motifs qui, reservés à tel ou tel lignage, ne pouvaient être utilisés par d'autres. Les tatouages de Pohnpei (îles Carolines) comportaient des motifs à base d'entrelacs rappelant ceux des tissus. Les femmes portaient ces tatouages sur l'abdomen, les fesses et les jambes, compensant ainsi le fait de ne pouvoir porter les ceintures tissées réservées aux hommes.
Dans les îles Marshalls, les tatouages présentaient également des motifs rappelant ceux des ceintures et des nattes tissées. Les hommes et les femmes portaient des tatouages dont les motifs étaient à base de lignes brisées, barbelées ou crénelées. L'habillement et le tatouage aux îles Marshalls permettait cependant de différencier socialement un homme d'une femme, car seuls les hommes d'un statut social élevé avaient le droit de porter des tatouages sur le visage - la tête étant considérée comme la partie la plus sacrée du corps et le siège de la mana de tout individu - et de longs cordons tressés en guise de ceinture.

Les populations polynésiennes montrent également un fort attachement au corps, au statut social et à la mana à travers leurs tatouages, lesquels enveloppent le corps d'images protectrices, tout en révélant le rang social de la personne qui les porte, et tout en renforçant son sentiment d'appartenance à l'un de deux sexes.
Avant le déclin que connu le tatouage à Hawaï au milieu du XIXe siècle, les hommes de haut rang portaient des tatouages sur le visage, la poitrine, les jambes et les mains. Les motifs comprenaient des zigzags, des triangles étagés et des chevrons, faisant tous référence à la colonne vertébrale et donc à la généalogie. Lorsque les hommes de haut rang livraient combat, dos et têtes étaient protégés par leur cape et leur casque de plumes, le visage et la poitrine par leurs tatouages.
En Nouvelle-Zélande, la différence entre hommes et femmes était très marquée, les hommes de haut rang avaient tout le visage couvert de tatouages, tandis que les femmes de rang élevé n'étaient tatouées que sur les lèvres et le menton. Les femmes qui figuraient au rang des membres les plus éminents de leur lignage avaient parfois le droit à des tatouages sur tout le visage pour marquer leur statut inhabituel.
Chez les Areoïs de Polynésie, la société se divise en plusieurs classes signalisées par la disposition des tatouages et chaque classe est baptisée du nom de la partie du corps tatouée. Ainsi, la classe la plus élevée se nomme "jambes tatouées", la deuxième "bras tatoués", la troisième "flans tatoués", la quatrième n'arbore que quelques marques sur l'épaule, la cinqième une simple raie sur le flan gauche, etc.
Chez les Maoris, les hommes et les femmes sont tatoués de motifs assez semblables, cependant les femmes ont une ornementation moins dense que les hommes. Comme dans de nombreuses régions du Pacifique, les femmes présentent des tatouages dans la zone des lèvres et du menton, ces tatouages autour ou sur les lèvres préserveraient d'une vieillesse prématurée et conserveraient la beauté des femmes. Pour les Maoris la tête bénéficie également d'un statut particulier car elle contient la force sacrée, la mana, et doit donc être mise en valeur.

Aux îles Marquises, le tatouage effectué à la puberté est , pour les jeunes gens, la marque de leur admission dans la communauté des célibataires. Cette communauté a principalement pour tâche de protéger le chef de la tribu et d'enlever aux tribus voisines les victimes nécessaires aux sacrifices. Ainsi, la réalisation des tatouages fait l'objet d'une importante cérémonie à laquelle participent exclusivement les membres masculins de la famille. Trois fêtes sont données à l'issue du tatouage d'un adolescent, fêtes au cour desquelles l'intéressé ne danse pas mais expose son nouveau corps, oint d'huile de noix de coco et de jus de fruits afin de faire ressortir les dessins. Les dernières festivités donnent au jeune homme l'occasion de trouver une épouse.

Dans beaucoup de ces archipels pratiquant ce procédé tégumentaire, le tatouage est essentiellement un marqueur social, les motifs réalisés sont des indicateurs du sexe, du statut, des alliances, de l'appartenance d'un individu à un groupe, etc. Ainsi les tatouages constituent de véritables moyens de reconnaissance, une carte d'identité illustrée ; et l'identification entre un individu et ses tatouages est telle qu'ils supplantent parfois réellement ce que nous appelerions la physionomie. Mais aujourd'hui, les tatouages traduisent davantage le sentiment d'appartenance à une culture qu'ils n'indiquent le statut social des individus ou ne permettent de différencier les sexes. De nombreux habitants des îles de la Société, par exemple, ont adopté des tatouages de même style que ceux des Marquises, notamment parce qu'ils trouvent leurs tatouages plus beaux. De plus, les deux archipels faisant à présent partie de la Polynésie française, les populations ont le sentiment d'être unies par un lien culturel et politique. Enfin, les populations des îles de la Société estiment que la tradition des Marquises est plus vivante car le tatouage y a subsisté plus longtemps. Le tatouage est essentiellement répandu chez les jeunes et en particulier les danseurs qui ont sans doute un souci plus grand de la perpétuation des traditions.
Après cette analyse du tatouage dans les sociétés des îles du Pacifique, l'exposé de cette pratique dans nos propres sociétés s'impose d'elle-même.

2. Dans les pays occidentaux
Un tatouage, de par son caractère permanent et indélébile, n'est généralement jamais réfléchit à la légère par celui qui le porte. Le contenu, ainsi que l'emplacement même du tatouage ont une valeur symbolique très forte, qu'elle soit d'ordre idéologique, affective ou autre. Certes, il existe toutes sortes de tatouages différents mais quelle que soit la catégorie à laquelle ils appartiennent ou la raison pour laquelle ils ont vu le jour, tous les tatouages parlent et disent des choses du tatoués, de l'ordre du conscient et de l'inconscient.
Tout d'abord, on distingue deux grandes catégories de tatouages. Premièrement, les tatouages codés, souvent incarnés par des formes géométriques énigmatiques. C'est principalement en milieu carcéral que se développent les codes plus ou moins secrets tels que les trois points à la base du pouce signifiant "mort aux vaches", ou encore les quatres points formant un carré au centre duquel le cinquième point témoigne de l'isolement du prisonnier, de petits traits peuvent également évoquer le nombre d'années d'incarcération, etc. Certains tatouages géométriques et codé (points, lignes, croix...) se retrouvent chez les populations du Maghreb et dans le monde arabe, mais leur signification semblent aujourd'hui avoir plus ou moins été perdue.
La seconde catégorie rassemble les tatouages figuratifs qui constituent la forme la plus répandue des oeuvres tégumentaires réalisées actuellement dans les sociétés contemporaines : "lignes et couleurs ne sont pas utilisées en tant que telles mais pour une représentation plus ou moins lisible, plus ou moins visible" (France Borel, "Le vêtement incarné", 1992, p. 167). De plus, on assiste aujourd'hui à la création de véritables oeuvres d'art vivantes. Les tatouages révèlent la beauté intérieure et joue un rôle de parure séduisante au même titre que les vêtements et les bijoux. Le tatoueur contemporain peut donc se considérer comme un artiste peintre sur le corps. Le tatouage tend à être apprécié comme un réel art graphique. Certains tatoués possèdent des dizaines de tatouages et d'autres en sont entièrement recouverts. On peut notamment trouver des portraits (Mona Lisa, Kennedy...), des textes de loi, des aigles, des motos, des paysages et des couchers de soleil, des scènes épiques, des temples et des estampes japonnaises, on observe même parfois des reproductions incroyables de tableaux, telle qu'un détail de la liberté guidant le peuple de Delacroix ou encore de la création du monde de Michel-Ange, imprimé sur le dos.

Mais si les tatouages se présentent en apparence comme des oeuvres artistiques, ils n'en cachent pas moins d'autres réalités, et les raisons conscientes et inconscientes qui conduisent les individus à arborer tel ou tel tatouage sont des plus diverses (mais je laisserais ici de côté l'étude des raisons inconscientes qui appartient plutôt au registre de la psychologie clinique).

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  ajax le Dim 24 Fév - 15:31:45

très interessant encore ton texte Yann, merci. aktion

et là j'ai déjà l'impression d'avoir compris un peu plus, quoi que c'est peut être juste une imprssion. antoni

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

Message  Alma le Dim 24 Fév - 17:39:38

C'est clair, très intéressant Very Happy

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Re: Un peu de lecture... Le Tatouage

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